Décryptage d’un commentaire FJ typique : 7 mécanismes psychologiques qu’on préfère ne pas voir
À travers ce billet, je propose une analyse des mécanismes psychologiques à l’œuvre dans un commentaire typique laissé sous un article abordant la dynamique du Runner dans le parcours Flamme Jumelle.
Ce commentaire, bien que sincère, illustre plusieurs mécanismes psychologiques inconscients qui méritent d’être mis en lumière.
Le parcours Flamme Jumelle est un chaos émotionnel que peu de gens comprennent vraiment. Si tu as besoin de clarté immédiate sur ta situation, on peut en parler 20 min ici : Réserver mon appel offert
Voici tout d’abord le commentaire :
« Merci pour ton commentaire, tu as tout dit. D’abord la rencontre avec un vrai Pn et riiiiien à voir!!
Même si ce parcours est semé de doutes et que l’on peut au début penser que le runner est un Pn.
Il y a des synchronicites incroyables et illogiques humainement. Que ce soit son prénom, les heures miroirs, les musiques, les rencontres, les phrases spécifiques ect la liste est longue.
L’univers ne manque pas d’imagination. Que vous le vouliez ou non tout sera fait pour vous ramener à ce lien.
Ce n’est pas de la limerence, le chaser a un moment souffre trop et n’en veut même plus de son runner.
Il s’en fou, il veut l’oublier.
Il voudrait que tout ça n’est jamais existé et ne jamais l’avoir rencontré. Il veut juste être en paix. Et il y arrive à un moment à cette complétude. Le pn vous détruit, le runner vous aide à guérir à travers son rejet, cela vous transforme de l’intérieur vers la meilleure version de vous même !!! Il est normal pour vous de ne pas pouvoir comprendre cela étant donné que vous ne l’avez pas vécu.
Je n’aime pas toutes ces affirmations New Age, et même l’appellation flamme Jumelles car Cela ouvre vite des portes à des dérives sectaires. Mais se permettre de dire que quelque chose n’existe pas parce que vous ne l’avez pas vécu, ça devient sectaire aussi. Si vous êtes dans ce parcours, C’est le parcours de la foi, vous douterez, alors n’écoutez que vous!!! »
Maintenant décortiquons-le afin de voir quels sont les mécanismes psychologiques classiques qui se cachent derrière cet habillage « spirituel ».
1. Projection inversée + affirmation gratuite + posture d’attaque passive
« Il est normal pour toi de ne pas pouvoir comprendre cela étant donné que tu ne l’as pas vécu. »
Cette phrase inverse le processus de projection.
L’auteure m’attribue une incapacité à comprendre ou à percevoir la vérité du lien – tout en niant ce que j’ai personnellement vécu.
Elle part du postulat que je « n’ai pas traversé » ce qu’elle considère comme le seul vrai parcours – alors qu’elle ne connaît absolument rien de mon expérience.
Elle ne s’est pas renseignée, n’a pas lu mes articles, ni vu mes vidéos sur le sujet – sinon elle saurait que j’ai vécu le parcours FJ avec tous les phénomènes qui vont avec.
On est donc face à une triple posture.
Projection inversée
Elle me reproche exactement ce qu’elle est en train de faire elle-même.
Elle affirme que je ne comprends pas parce que je ne l’ai pas vécu – alors qu’elle ne prend pas une seconde pour comprendre ce que j’ai, moi, traversé.
C’est une forme de défense psychologique inconsciente.
Quand une personne sent que son système de croyances est remis en cause, cela peut créer une insécurité intérieure.
Pour ne pas entrer en contact avec ce doute, elle le projette sur l’autre.
Dire « tu ne comprends pas » permet d’éviter la question plus dérangeante :
« Et si c’était moi qui ne voulais pas voir quelque chose ? »
En accusant l’autre, on évite de se remettre en question soi-même.
C’est un mécanisme très courant dans les croyances rigides.
Affirmation gratuite fondée sur l’ignorance
Elle affirme que je n’ai pas vécu ce qu’elle appelle « le vrai parcours » – sans disposer d’éléments concrets à ce sujet.
Son affirmation repose non sur une réalité objectivable – mais sur une perception partielle filtrée par sa propre expérience et son système de croyances.
- Si quelqu’un exprime une lecture différente, c’est qu’il « n’a pas compris »,
- ou alors « n’a pas vécu le parcours »,
- ou encore « n’est pas encore éveillé ».
Ce mécanisme permet de verrouiller le récit intérieur en écartant les points de vue divergents.
Le plus paradoxal : son commentaire repose sur une absence totale d’informations – alors que mes contenus sont issus de cinq années d’accompagnement de personnes s’identifiant « flamme jumelle ».
C’est un biais cognitif Dunning-Kruger classique : une compréhension partielle du sujet est tenue comme une vérité absolue – ce qui conduit à sous-estimer la complexité du phénomène et ceux qui l’ont étudié ou vécu en profondeur.
Posture d’attaque passive
Elle me critique sans le dire frontalement.
Le ton paraît posé, presque compatissant – mais le message est disqualifiant :
« Ton point de vue n’a aucune valeur puisque tu ne sais pas de quoi tu parles. »
Cette forme d’attaque est plus difficile à repérer car elle se cache derrière des formulations qui ont l’air neutres ou spirituelles.
Mais son effet est bien réel : tenter de rabaisser l’autre sans en avoir l’air, et ainsi éviter tout débat réel.
Ce type de triple mécanisme :
- Projection
- Affirmation gratuite
- Attaque passive
Est très fréquent chez les personnes profondément attachées à une croyance qu’elles ne veulent pas interroger.
Cela leur permet de rester dans une certitude émotionnelle – tout en se protégeant de toute dissonance ou point de vue extérieur.
Mais à long terme, cela enferme plus que cela ne libère.
Invalidation de l’expérience
« Ce n’est pas de la limerence […] »
L’affirmation est tranchée : elle rejette une hypothèse psychologique sans discussion possible.
En disqualifiant la notion de limerence ou de dépendance émotionnelle, elle invalide d'emblée toute autre grille de lecture que la sienne.
C’est un mécanisme d’invalidation classique – utilisé pour renforcer un système de croyance fermé.
2. Déni + rationalisation défensive + biais de confirmation + attachement identitaire
« Le runner t’aide à guérir à travers son rejet. »
Cette phrase, qui peut sembler lumineuse ou inspirante, contient en réalité plusieurs mécanismes psychologiques défensifs qui s’enchevêtrent.
Déni
Elle nie la nature douloureuse et parfois destructrice du rejet, des silences prolongés ou de la distance affective.
Ces comportements sont transformés ici en « cadeaux spirituels » – alors qu’ils peuvent provoquer une profonde confusion et des blessures d’attachement.
Le déni permet à la personne de ne pas regarder en face la violence psychique qu’elle subit – car cela remettrait en cause la pureté supposée du lien.
Rationalisation défensive – ou spiritualisation d’un comportement toxique
Le rejet n’est plus vécu comme une rupture – mais comme un outil de guérison délibéré de la part du runner.
Cela permet de donner un sens valorisant à une douleur émotionnelle : si ça fait mal, c’est que ça me fait évoluer.
Cette forme de rationalisation est censée apaiser l’angoisse d’abandon ou de trahison – en transformant de manière factice un comportement blessant en opportunité d’éveil.
Mais ce raisonnement repose sur une projection d’intention :
Le chaser attribue au runner une posture consciente et volontaire – comme s’il « aidait » délibérément à travers son rejet.
Or, dans les faits, rien ne vient confirmer cette hypothèse.
Pour avoir échangé avec une grande quantité de runners au téléphone ces cinq dernières années – aucun ne m’a jamais exprimé vouloir faire évoluer son chaser, ni même s’être représenté ainsi.
Ce thème est généralement absent de leur psyché.
Il n’y a donc pas d’intention « cachée » d’éveil – seulement une distance affective, parfois confuse, souvent évitante ou protectrice.
C’est le chaser qui « fait parler le runner à sa place » – pour reconstruire du sens dans un vécu émotionnellement incohérent.
Et c’est encore le Chaser qui fera un choix fondamental :
- Utiliser cette relation comme un tremplin évolutif réel,
- ou bien se dissocier de la réalité tangible
- et se noyer dans un système de croyances qui le conforte… tout en l’enfermant.
Biais de confirmation + dissonance cognitive
La personne choisit une interprétation qui confirme ce qu’elle a besoin de croire : que le runner est son « autre », et que cette souffrance est sacrée et orchestrée par le divin.
Elle ignore ou minimise les éléments contraires – fuites, silence radio, on/off, gaslighting – car ils ne cadrent pas avec son récit spirituel.
Ce mécanisme l’aide à réduire l’inconfort intérieur : « Si ce n’était pas mon autre, alors tout ça n’aurait servi à rien. »
D’ailleurs, cette dernière phrase – combien de fois l’ai-je entendue de la bouche des chasers – tout comme « je ne peux pas croire que je me sois trompé sur cette relation ».
La dissonance cognitive est évitée en ajustant l’interprétation – plutôt qu’en reconsidérant la situation objectivement.
Attachement au récit identitaire
Le lien avec le runner devient, pour certaines personnes, le socle de tout un cheminement spirituel, émotionnel et personnel.
Il structure leurs épreuves, leur transformation, leur sens de l’existence.
Le remettre en question reviendrait à déconstruire une identité entière – patinée par les lectures, les synchronicités, les espoirs et les « signes ».
Or, une question cruciale émerge :
Qui a besoin de croire à ce lien comme une évidence ?
C’est la part dépendante émotionnelle en soi – celle qui a besoin d’attachement pour survivre.
- Il est moins douloureux de maintenir une illusion cohérente
- que d’affronter un effondrement intérieur.
Ce type de discours n’est pas qu’une croyance – c’est une stratégie de survie psychique, face à une douleur d’abandon ou de rejet trop brute pour être accueillie frontalement.
Et tant que ce mécanisme est actif – on n’est pas encore dans une réelle démarche d’éveil, mais plutôt dans une tentative inconsciente de préservation.
La force de l’attachement au runner – ou au récit flamme jumelle – vient souvent aveugler la conscience sur ce qui alimente vraiment cette quête.
Ce n’est pas l’amour, ni l’âme, ni une mission.
C’est la survie psychique. Ni plus, ni moins.
4. Biais de confirmation
« Il y a des synchronicités incroyables… les musiques, les phrases spécifiques, etc. »
Ici, seuls les éléments qui renforcent la croyance initiale sont retenus.
Chaque signe est interprété dans un seul sens – celui du destin, du lien sacré, ou d’une mission d’âme.
Rien n’est remis en question.
L’esprit critique est mis en veille au profit d’un récit mystique qui valide l’attachement au runner.
Ce qui est intéressant, c’est que même dans d’autres courants spirituels – y compris parmi des personnes expérimentées dans les états modifiés de conscience – le récit flamme jumelle est parfois perçu très différemment.
Certaines voix suggèrent même qu’il pourrait s’agir d’une manipulation énergétique issue de plans subtils perturbateurs, se nourrissant du chaos émotionnel généré par ces relations.
Et comme tout système fermé, ce récit rejette spontanément ce qui ne le conforte pas.
5. Pensée magique
« Que tu le veuilles ou non, tout sera fait pour te ramener à ce lien. »
Cette affirmation repose sur une logique mystique où l’univers agirait intentionnellement pour maintenir un lien particulier.
C’est un exemple clair de pensée magique : une forme de raisonnement circulaire où chaque événement devient un « signe » – interprété comme une confirmation que le lien est sacré, inévitable, et voulu « par le destin ».
Une autre hypothèse – plus psychologique – consiste à voir ces répétitions comme une forme d’exposition émotionnelle : comme en thérapie comportementale, où l’on expose progressivement une personne à sa phobie ou à son attachement dysfonctionnel, jusqu’à ce que son système nerveux s’y habitue, s’apaise, et finisse par lâcher – non pas le lien lui-même, mais la peur inconsciente qui en soutenait l’obsession.
Ce que l’on constate, c’est qu’à force d’être exposé aux signes, aux « hasards », aux rappels…
Le Chaser finit souvent par saturer.
Il en a marre d’en avoir marre.
Et un jour – parfois au bout de 6 mois, parfois après 12 ans – il bascule :
De « je garde la foi, je suis patient » à « je claque la porte, je veux vivre librement ».
Ce mouvement-là, quoi qu’en dise le récit spirituel, ressemble à une véritable étape d’éveil.
6. Clôture cognitive – croyance fermée
« N’écoute que toi !!! »
Cette injonction peut sembler libératrice – mais elle enferme en réalité la personne dans son propre système.
Il ne s’agit pas ici d’un appel à l’introspection – mais d’une clôture cognitive : « seule ma vérité intérieure compte, donc je ne remets rien en question ».
Cela empêche tout dialogue, tout élargissement de conscience et toute évolution psychique.
7. Renversement de culpabilité – gaslighting doux
« Se permettre de dire que quelque chose n’existe pas parce que tu ne l’as pas vécu, ça devient sectaire aussi. »
Cette phrase donne l’impression que c’est moi qui suis fermé, intolérant ou même sectaire – simplement parce que je propose un point de vue différent.
Mais en réalité, c’est l’auteure du commentaire qui tient un discours fermé : elle affirme que ce qu’elle croit est vrai, et que si on ne croit pas pareil, c’est qu’on est dans le déni ou qu’on n’a « rien compris ».
Ce qu’elle fait ici, c’est un renversement de culpabilité.
Elle me reproche une attitude rigide pour éviter de reconnaître que c’est justement son propre discours qui manque d’ouverture.
Ce type de réaction permet à la personne de protéger sa croyance sans la remettre en question – en se positionnant comme la « victime » d’un regard extérieur supposé agressif ou fermé.
On parle ici d’un gaslighting doux : il ne s’agit pas de rendre fou l’autre de façon violente, mais de le faire douter subtilement de sa légitimité, de son ouverture ou de sa bienveillance.
Psychologiquement, ce mécanisme est une défense : quand une croyance est fragile mais centrale à notre identité, on peut avoir tendance à attaquer l’autre pour éviter de voir qu’on est soi-même enfermé dans quelque chose.
Au lieu de dialoguer, on accuse.
Et au lieu de remettre en question sa propre position, on retourne le problème vers l’extérieur.
Le résultat : celui qui propose une critique argumentée passe pour le « méchant » ou le « fermé » – tandis que celui qui refuse toute remise en question se présente comme spirituellement éclairé… mais incompris.
Ce qu’il faut retenir
Ce type de discours est fréquent dans les communautés liées aux « parcours spirituels » lorsqu’elles se referment sur une lecture unique et défensive de l’expérience.
L’objectif de cette analyse n’est pas de juger – mais de montrer comment certains mécanismes psychologiques, souvent inconscients, peuvent bloquer l’évolution, entretenir des attachements dysfonctionnels et empêcher l’ouverture à d’autres voies de compréhension.
Il est essentiel, sur ces sujets sensibles, de garder un espace de discernement, d’autocritique et de dialogue réel.
La spiritualité authentique commence là où l’on accepte de remettre en question ce à quoi l’on tient le plus.
Et ça – t’aimes pas trop beaucoup ça. 🙃
