On voit de plus en plus de descriptions du type : « Je veux un homme dans son énergie masculine, qui lead, pour que je puisse être dans mon essence féminine. »
Dit comme ça, on pourrait croire à un discours profond, maîtrisé, presque initiatique. Mais si on regarde de plus près, ce genre de phrase en dit souvent beaucoup plus sur la structure interne de la personne que sur une quelconque vérité énergétique.
Ce n’est pas un jugement : c’est une observation clinique. Le langage spirituel est devenu, pour beaucoup, une grammaire relationnelle. Chacun y projette son système de croyances, ses besoins non régulés, ses vulnérabilités, et ses angles morts.
Et le récit final ressemble souvent davantage à un mythe personnel qu’à un rapport adulte-adulte.
1. Le principe de base : chacun voit la relation à travers son système de croyances
Personne n’échappe à ça. Nous filtrons tous la réalité à travers notre grille interne : ce qu’on pense être vrai, normal, souhaitable. Et cette grille est construite à partir de :
- notre histoire affective
- nos blessures
- nos réussites
- nos déceptions
- nos modèles
- nos idéaux
- nos pratiques spirituelles
- nos traumas non résolus
Une femme persuadée que le couple est un « temple énergétique » verra tout sous cet angle. Une personne qui croit profondément à la polarité masculine/féminine interprétera ses dynamiques internes en termes de « lead », « surrender », « conteneur », etc. Le système de croyances devient une lentille — et non la réalité.
2. Le problème n’est pas la croyance… mais ce qu’elle vient compenser
Quand une femme écrit : « Je veux un homme dans son énergie masculine pour pouvoir me détendre dans mon essence féminine », on peut l’entendre de deux façons :
✔️ Lecture saine
« J’aimerais une dynamique où chacun se sent libre, stable et en sécurité. »
❌ Lecture compensatoire
« Je n’arrive pas à me réguler seule. J’ai besoin que quelqu’un porte ma stabilité, parce que je n’y arrive pas encore. »
Et c’est là que la nuance apparaît. Parce qu’une femme qui est déjà régulée, déjà ancrée dans son axe, déjà capable de se détendre seule :
- ne parle presque jamais d’“énergie féminine”
- ne cherche pas un homme pour supporter son système nerveux
- ne demande pas quelqu’un pour lui permettre d’être
Elle est. Point. Elle peut préférer un certain type de dynamique, oui. Mais elle ne dépend pas d’une structure externe pour exister.
3. Quand le discours spirituel sert de justification à un manque de maturité émotionnelle
Dans beaucoup de ces profils, on retrouve une confusion fréquente :
- Confondre langage spirituel et maturité émotionnelle.
- Parler de polarités n’a jamais signifié qu’on sait réguler son propre système nerveux.
- Parler d’énergie féminine n’a jamais signifié qu’on sait vraiment s’abandonner sans se dissoudre.
- Parler d’hommes « leaders » n’a jamais signifié qu’on est prête pour une relation adulte.
Ce qu’on observe, derrière le discours :
- dépendance à un cadre externe
- incapacité à se sécuriser seule
- fantasme d’être « prise en charge »
- projection sur un futur partenaire d’un rôle quasi parental
Autrement dit : le discours est adulte, mais la posture intérieure ne l’est pas. Ça ne signifie pas que la personne est « 12 ans dans sa tête » de manière offensive. Ça signifie qu’elle demande dans la relation ce qu’elle n’a pas encore construit en elle. Ce qui est — en soi — très humain. Le problème vient quand ce besoin est emballé dans une rhétorique pseudo-sacrée qui empêche toute lucidité.
4. Le risque : écrire un film spirituel où l’autre doit jouer un rôle précis
Dans ce genre de croyances, le partenaire n’est plus une personne : c’est un personnage dans un scénario déjà écrit. Tu dois :
- lider
- guider
- stabiliser
- créer le conteneur
- être dans ton masculin sacré…
Pour que moi, je puisse « être dans mon essence féminine ». Sauf que dans une relation réelle :
- chacun a des fluctuations
- chacun a des jours faibles
- chacun a des besoins
- chacun est parfois dans le lead et parfois dans le follow
- la polarité n’est pas un dogme mais une danse
5. La question essentielle : sais-tu être dans ton féminin sans qu’on te le permette ?
C’est là que tout se joue. Parce qu’une femme réellement connectée à son axe, à son féminin profond, à son corps, à sa présence :
- n’attend pas qu’on lui donne la permission d’être elle-même ;
- n’a pas besoin qu’on tienne la structure pour qu’elle existe ;
- choisit la relation depuis un excès et non un manque.
Une femme qui écrit « J’ai besoin d’un homme dans son masculin pour être dans mon féminin » dit, sans le vouloir : “Je ne sais pas être dans mon féminin si l’autre ne me tient pas.” Ce n’est pas grave. C’est une étape du développement émotionnel. Mais c’est important de le reconnaître, sinon on tombe dans la mystification spirituelle.
6. Conclusion : la maturité ne dépend pas de la polarité, mais de l’autonomie intérieure
Ce n’est pas la polarité qui pose problème. Les dynamiques masculines/féminines peuvent être belles, fluides, vivantes. Ce qui pose problème, c’est quand :
- on mélange spiritualité et besoins infantiles
- on renforce nos fragilités au lieu de les travailler
- on demande à la relation ce qu’on ne se donne pas soi-même
- on maquille nos manques avec des mots sacrés


