Victime d’abus : pourquoi tu te sens responsable de ce qu’on t’a fait subir

Dernière mise à jour : 19 avril 2026

Il y a quelque chose de profondément injuste dans le fait qu’une victime d’abus finisse par se sentir responsable de ce qu’elle a subi. Et pourtant, c’est exactement ce qui arrive dans la majorité des cas. Pas parce que la personne est faible ou stupide. Mais parce que les mécanismes qui produisent cette culpabilité sont précis, construits, et souvent complètement invisibles de l’intérieur.

On va regarder comment ça fonctionne.

La honte et la culpabilité : deux choses différentes

On mélange souvent les deux. Mais c’est pas la même chose, et la distinction est importante.

La honte, c’est un sentiment global sur ce qu’on est. Pas sur ce qu’on a fait, sur ce qu’on est. « Je suis défectueux. Je suis indigne. Je mérite ce qui m’arrive. » C’est une attaque sur l’identité entière. Et c’est pour ça que c’est si dévastateur.

La culpabilité, c’est sur ce qu’on a fait ou pas fait. « Si j’avais réagi autrement, ça ne se serait pas passé comme ça. » « J’aurais dû partir plus tôt. » « J’aurais dû me défendre. » Elle se nourrit du « si j’avais… »

Dans une relation abusive, les deux fonctionnent en tandem. Et elles paralysent.

Les mécanismes qui alimentent ces émotions

Le gaslighting

Les abuseurs utilisent souvent des techniques de manipulation pour inverser les rôles et t’amener à te sentir responsable de l’abus. Le gaslighting c’est la plus courante : te faire douter de ta propre perception de la réalité. Te faire croire que tes sentiments sont exagérés, injustifiés, que tu dramatises, que t’es trop sensible.

Du coup tu te retrouves à te demander si tu as vraiment été abusé. Ou si t’en es responsable. Les deux à la fois. C’est l’effet recherché.

L’isolement

L’abuseur t’isole progressivement de tes amis, de ta famille, de tes points de référence. Et sans point de référence externe pour valider ta perception de la réalité, tu deviens plus enclin à internaliser la culpabilité et la honte. Tu n’as plus personne pour te dire « non, ce que tu décris c’est pas normal ». Du coup tu finis par croire que c’est toi le problème.

Les croyances sociétales

La société a aussi sa part de responsabilité. Les mythes qui circulent sur les relations abusives (« si elle n’a pas quitté la relation, c’est qu’elle le mérite », « les victimes doivent avoir fait quelque chose pour provoquer l’abus ») ne font qu’aggraver la honte et bloquer la demande d’aide. C’est des conneries monumentales, mais elles sont tellement répandues qu’elles finissent par s’infiltrer.

Pourquoi tu te sens responsable de ce qui t’est arrivé

La rationalisation

Pour préserver l’image de la relation et maintenir une cohérence interne, tu vas souvent rationaliser le comportement de l’abuseur. « Il agit comme ça parce que j’ai exagéré. » « J’ai dû le provoquer. » C’est une tentative de donner du sens à quelque chose qui n’en a pas. Et cette rationalisation te fait croire que t’as contribué à la situation.

Les antécédents familiaux

Si tu as grandi dans un environnement où les abus étaient fréquents, tu peux être plus enclin à accepter les mauvais traitements comme normaux. Ce qui est familier ne semble pas dangereux, même quand ça l’est. En plus, les parents abusifs inculquent souvent un sentiment de culpabilité en faisant croire à l’enfant qu’il est responsable des conflits ou de la violence familiale. Ce programme tourne encore à l’âge adulte.

Le cycle abus-réconciliation

Après l’abus vient souvent la réconciliation. L’abuseur exprime sa culpabilité, promet de changer, est aux petits soins. Et toi tu y crois. Tu ressens de la loyauté. Tu penses que tu peux « changer » l’autre. Ce cycle d’abus-réconciliation alimente la croyance que tu es responsable de la dynamique, que si tu te comportes différemment ça changera. Ça ne changera pas. Mais la croyance reste.

Ce que ça produit sur ta santé mentale

La honte et la culpabilité ont des effets très concrets. Dépression, anxiété, image négative de soi, sentiment de désespoir. En te percevant comme responsable des abus, tu finis par croire que tu ne mérites pas une vie meilleure. Et cette conviction peut te maintenir dans des relations abusives futures, ou t'empêcher d’en sortir.

Les victimes d’abus sont aussi souvent diagnostiquées avec un trouble de stress post-traumatique (TSPT) : flashbacks, cauchemars, irritabilité, réactions émotionnelles extrêmes. La honte et la culpabilité exacerbent ces symptômes en renforçant la croyance erronée que tu es « responsable » de ta souffrance.

Comment commencer à s’en sortir

Comprendre la dynamique de l’abus

La première étape c’est de comprendre que la culpabilité et la honte que tu ressens ne sont pas fondées sur la réalité. Ce sont des émotions construites par l’abuseur, pas des vérités sur qui tu es. Tu n’es pas responsable des comportements de l’abuseur. Ni plus ni moins.

Thérapie et soutien psychologique

Travailler avec un thérapeute spécialisé dans le traumatisme peut être déterminant. La TCC (thérapie cognitive-comportementale), les approches centrées sur la pleine conscience, les groupes de soutien, toutes ces voies permettent de traiter la culpabilité et la honte en profondeur. Pas de les effacer d’un coup. De les déconstruire progressivement.

Prendre du recul et se reconstruire

S’éloigner physiquement et émotionnellement de l’abuseur est une condition nécessaire pour commencer à guérir. Ça peut inclure poser de nouvelles limites, réintégrer le soutien social qu’on avait perdu, et réaffirmer son droit fondamental à la sécurité et au respect.

La honte et la culpabilité que tu portes ne t’appartiennent pas. Elles ont été construites méthodiquement, par des mécanismes précis, dans un contexte de manipulation et d'emprise. Les comprendre, c’est déjà commencer à les remettre là où elles appartiennent : pas sur toi.

Tu mérites une vie sans abus. Et tu n’es jamais responsable des actions de tes agresseurs.

Alexis Faure, coach, fondateur de Change ta Perception

J'ai traversé un parcours flamme jumelle. De l'intérieur, quelque chose ne collait pas. J'ai fini par nommer ce que je voyais vraiment : trauma bonding, limérence, dépendance affective.

15 ans de coaching, dont 7 sur les parcours flamme jumelle et les relations d'emprise. Formé aux TCC, à l'EFT et à la PNL, je vais droit à la racine, là où le corps stocke la souffrance.

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