Pourquoi tu sabotes dès que que la relation fonctionne bien ?

« Ce que tu vas lire est tiré de séances réelles. Les prénoms et détails identifiants ont été modifiés. La dynamique, elle, est authentique. »
« Ça fait une semaine que ça va bien. Et je sais pas quoi faire de ça. »
Si tu te reconnais dans ce récit, ne reste pas seul(e) avec tes schémas et tes doutes. On peut décortiquer ton propre parcours ensemble lors d'un échange gratuit de 20 min ici : Réserver mon appel offert
Sofia dit ça presque gênée. Le regard un peu en bas, comme si elle s’excusait de quelque chose.
Sur l’écran, je vois quelqu’un qui est mal à l’aise. Pas à cause d’un problème. À cause de l’absence de problème.
Du coup on va regarder ce qui se passe vraiment.
Le chaos, c’est pas ce que tu subis. C’est ce que tu connais.
Sofia a bossé. Elle a tapoté, elle a creusé, elle a regardé en face des trucs qu’elle évitait depuis des années.
Et là, pour la première fois depuis longtemps, il y a du calme.
Pas de drama. Pas de mec qui disparaît. Pas de message à interpréter pendant trois heures.
Juste elle. Sa semaine. Sa vie.
Et au lieu de souffler, elle me dit : « Je pensais à quoi maintenant, je m’ennuie. »
C’est là que tout se révèle.
Parce que le problème n’est pas qu’elle s’ennuie. C’est qu’elle interprète le calme comme un vide. Et le vide comme un danger.
Ton système nerveux confond « stable » avec « mort »
Pendant des années, Sofia a vécu dans un état d’activation permanent. Attendre un message. Analyser un comportement. Gérer une crise. Sauver quelqu’un.
Le cerveau s’adapte à ça. Il apprend que c’est ça, la vie. Que c’est ça, être en relation.
Du coup quand le bruit s’arrête, il panique. Il cherche le problème. Il se dit qu’il y a forcément quelque chose qui ne va pas, parce que sinon pourquoi ce silence ?
C’est pas de la folie. C’est du conditionnement.
Le système nerveux ne distingue pas « calme sain » de « calme avant la tempête ». Il distingue « connu » et « inconnu ». Et pendant longtemps, le connu c’était le chaos.
Donc le calme, il l’interprète comme une menace.
C’est exactement ce que décrit la sortie du trauma bonding : le système nerveux a besoin de temps pour apprendre que la sécurité est sûre. Que l’absence de danger n’est pas elle-même un danger.
Elle savait déjà qu’elle allait saboter
Je lui pose la question directement : imagine que dans un an, tu es dans une relation stable. Ça dure. C’est équilibré. C’est quoi le problème avec ça ?
Elle répond sans hésiter. Et la rapidité de la réponse dit autant que les mots.
« Je vais m’ennuyer. Je vais chercher ce qui ne va pas. Je vais faire capoter. »
Elle le sait. Elle l’a déjà fait. Plusieurs fois.
Pas parce qu’elle est auto-destructrice. Pas parce qu’elle veut souffrir.
Mais parce que son cerveau associe la stabilité à l’ennui, et l’ennui à l’inexistence.
Si il n’y a pas de tension, elle se demande si elle est vraiment vivante dans cette relation.
Et devine ce qu’elle fait pour retrouver cette tension.
Je vois son visage sur l’écran au moment où elle réalise ce qu’elle vient de dire. La mâchoire qui se serre légèrement. Quelque chose d’inconfortable qui traverse son regard.
Elle vient de se voir faire quelque chose qu’elle n’avait jamais nommé comme tel.
Le vrai inconfort c’est pas le chaos. C’est toi sans lui.
En creusant, on arrive sur quelque chose de plus précis.
Sofia me parle d’une copine. Ça fait des mois que ça va bien entre elles. Pas de conflit. Pas de drama.
Et elle se surprend à se dire : « Il n’y a pas de problème, c’est bizarre. »
Comme si une relation sans friction était suspecte. Comme si elle ne méritait pas que ce soit simple.
Je lui dis : t’entends ce que tu viens de dire ?
Un silence. Elle recule légèrement sur l’écran.
« Que je cherche le problème même quand il n’y en a pas. »
Exactement.
C’est là que le vrai travail commence. Pas apprendre à gérer le chaos. Apprendre à tolérer le bien. Apprendre à rester dans quelque chose de stable sans le déstabiliser pour se sentir exister.
Le calme, ça s’apprend aussi. Et c’est plus difficile que le chaos.
En fin de séance, on fait quelque chose de simple.
Je lui demande de rester dans le silence une minute. Pas de question. Pas de sujet. Juste être là.
Sur l’écran, je vois l’inconfort arriver presque immédiatement. Le regard qui cherche quelque chose. L’envie visible de parler, de remplir.
Et puis, doucement, quelque chose se relâche.
Pas complètement. Juste un peu.
« C’est bizarre. Ça va. »
Voilà. C’est ça le travail.
Le calme, ça s’apprend aussi. Et le jour où elle sera dans le calme sans chercher à le casser, ce sera pas de l’ennui.
Ce sera de la liberté.
Si tu as l’impression de lire ta propre histoire, ne reste pas seule avec ce silence. On peut en parler de vive voix et faire le point sur ton parcours lors d’un appel gratuit de 20 min ici.
PS : Bruce McEwen, neuroscientifique de Rockefeller University, a démontré ce phénomène en 2007. Il l’appelle l’allostasie : quand le corps subit un stress chronique, il finit par CONSIDÉRER ce stress comme son état normal. Et quand le stress disparaît, le système nerveux signale une ‘anomalie’ alors qu’il s’agit en réalité du retour à la santé.
Sources & références scientifiques
- Porges, S. W. (2011). The Polyvagal Theory: Neurophysiological Foundations of Emotions, Attachment, Communication, and Self-Regulation. W. W. Norton. Sur la neuroception et la difficulté à percevoir la sécurité après un état d’alerte chronique.
- Porges, S. W. (2004). Neuroception: A subconscious system for detecting threats and safety. Zero to Three Journal, 24(5), 19,24. Sur la difficulté à détecter la sécurité quand le système nerveux est habitué au danger.
- Sapolsky, R. M. (2004). Why Zebras Don’t Get Ulcers (3rd ed.). Henry Holt. Sur l’adaptation chronique du système nerveux au stress et la difficulté de retour à l’équilibre.
- McEwen, B. S. (2007). Physiology and neurobiology of stress and adaptation: Central role of the brain. Physiological Reviews, 87(3), 873,904. PubMed. Sur le concept d’allostasie : quand le corps prend le stress chronique pour son état « normal ».
- Dutton, D. G., & Painter, S. L. (1981). Traumatic Bonding: The development of emotional attachments in battered women and other relationships of intermittent abuse. Victimology: An International Journal, 6(1-4), 139,155. Sur le lien traumatique et la sortie progressive.
- Carnes, P. J. (1997). The Betrayal Bond: Breaking Free of Exploitive Relationships. HCI. Sur le confort paradoxal du chaos relationnel familier.
- van der Kolk, B. (2014). The Body Keeps the Score: Brain, Mind, and Body in the Healing of Trauma. Viking. Sur l’addiction au stress post-traumatique et l’apprentissage de la sécurité.
- van der Kolk, B. A. (1989). The compulsion to repeat the trauma: Re-enactment, revictimization, and masochism. Psychiatric Clinics of North America, 12(2), 389,411. PubMed. Étude fondatrice sur la compulsion de répétition du trauma.
- Solomon, R. L., & Corbit, J. D. (1974). An opponent-process theory of motivation: I. Temporal dynamics of affect. Psychological Review, 81(2), 119,145. PubMed. Théorie de l’opponent-process : comment le cerveau s’adapte au stress et le réclame ensuite.
- Zuckerman, M. (1994). Behavioral Expressions and Biosocial Bases of Sensation Seeking. Cambridge University Press. Sur le besoin d’activation et de stimulation chez les profils habitués au chaos.
- Koob, G. F., & Le Moal, M. (2001). Drug addiction, dysregulation of reward, and allostasis. Neuropsychopharmacology, 24(2), 97,129. PubMed. Sur l’addiction comme dysrégulation des systèmes de récompense, applicable aux addictions relationnelles.
- Wilson, T. D., et al. (2014). Just think: The challenges of the disengaged mind. Science, 345(6192), 75,77. PubMed. Démontre l’inconfort psychique du silence mental et de l’absence de stimulation.
- Schore, A. N. (2003). Affect Regulation and the Repair of the Self. W.W. Norton. Sur la régulation émotionnelle et l’apprentissage progressif de la stabilité.
- Bouton, M. E. (2004). Context and behavioral processes in extinction. Learning & Memory, 11(5), 485,494. PubMed. Sur l’extinction des réponses conditionnées (ici : le chaos comme normalité).


